De Patrick Verschueren

d'après Molière

Féminiser le personnage de Don Juan – en faire une séductrice, une mangeuse d’hommes, une femme avide de pouvoir – est le type même de la bonne idée qui m’agace, comme on dit d’un fruit vert qu’il agace
les dents. Là où le projet commence à prendre corps, dans toute sa complexité, c’est quand les autres personnages basculent eux aussi dans une identité contraire.
Première constatation (il suffit d’une lecture à voix haute pour s’en persuader) :“ça” marche.
Deuxième découverte : celle d’un Don Juan “pour la première fois”. On pensait le connaître sous toutes les coutures : on redécouvre la pièce
avec un appétit nouveau. C’est drôle. C’est grinçant. Cette femme, à l’affût de jouissances nouvelles, réveille le texte lui-même. Elle le secoue. L’inversion des genres prend toute son ampleur dans
la nouvelle construction du couple que Don Juana
forme avec sa fidèle Sganarella.
Complicité amoureuse ? Oui, voilà ce que la féminisation nous raconte: ces deux là parlent le même langage, et leurs positions de maîtresse femme et d’esclave accomplie et complice donnent à la pièce une couleur sulfureuse, avant même que ne se mette en marche la collection des séductions.
On pense aux couples féminins de ces dernières années, au cinéma, couples embarqués dans des aventures qui les dépassent., fuyant un monde dont elles ne veulent plus, ou prenant leur vengeance.

Marie Nimier, écrivain

Distribution

Mise en scène Patrick Verschueren / Chorégraphie Florence Caillon / Costumes Isabelle Georges
Musique Mozart / Morino / Lumières Jean-Claude Caillard / Régisseur plateau Jean-Marc Noël

Avec Pierre Grammont / Cristina Scagliotti / Johanne Thibaut / Patrick Verschueren / Sylvie Vigny / Christel Willemez

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